Accord Bouygues/Free : la bande 4G en or à 800 MHz en jeu

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Peu précis le week-end dernier quant à son accord signé avec Bouygues Telecom en cas du rachat par ce dernier de SFR, Free a livré quelques micro-détails sur ce sujet lors de diverses entrevues. Maxime Lombardini, le directeur général d’Iliad, a notamment indiqué que la bande 800 MHz, si importante, était en jeu.

Iliad Free clients mobiles 2013

Avec déjà 8 millions de clients, Free Mobile rachètera non sans plaisir quelques fréquences à Bouygues

15 000 antennes supplémentaires, mais pour quelles fréquences ?

Dimanche 9 mars, Free a surpris bien du monde en annonçant officiellement avoir trouvé un accord avec Bouygues Telecom. Pour un maximum de 1,8 milliard d’euros, Free Mobile rachèterait ainsi au troisième opérateur son réseau et un portefeuille de fréquences 2G, 3G et 4G. Sans plus de précision. Depuis, nous savons qu’environ 15 000 antennes sont en jeu, ce qui permettrait à ce jour à Free de multiplier par plus de cinq son nombre d’antennes, et par conséquent d’avoir une couverture de la population bien plus forte. Reste à savoir dans quelles fréquences. C’est même l’une des clés de cet accord.

 

Aujourd’hui, Free ne dispose que de fréquences 3G (900 MHz et 2100 MHz) et 4G (2600 MHz). Concernant la 2G, elle passe intégralement par le réseau d’Orange suite à son accord d’itinérance qui court jusqu’en janvier 2018. Sa 3G passe aussi par l’opérateur historique du fait de sa couverture encore trop partielle (60 %). Sur la 4G, aucun accord n’a par contre été signé.

 

Que pourra donc lui offrir Bouygues ? Maxime Lombardini, interrogé par BFM, a indiqué plusieurs fois que son accord lui offrirait son indépendance. Free Mobile disposera ainsi de « suffisamment de fréquences pour qu’on soit en 2G, en 3G et en 4G, autonome vite et longtemps » a-t-il notamment expliqué. Un peu plus tard, bis repetita : « on a toutes les fréquences qu’il nous faut, dans cet accord, pour être vraiment très compétitif sur le marché, durablement ».

Un réseau national en 2G et un renforcement de ses fréquences 3G

Le message est donc clair : Bouygues, en cas de rachat de SFR, revendra à Free Mobile des fréquences 2G afin de permettre à tous ses clients d’appeler sans aucun problème, ceci même s’ils disposent d’anciens téléphones non 3G. Mais cela ne pourra évidemment pas suffire à assurer l’indépendance de Free. Il est donc fort probable que Bouygues lui vende aussi quelques fréquences UMTS (3G), ceci pour deux raisons.

 

La première est que Bouygues et SFR disposeront de fréquences 3G en très grande quantité, de moins en moins utiles avec le développement de la 4G. La seconde est que Free, lui, est encore assez mal loti sur ce point, avec seulement 5 MHz duplex sur la bande 2,1 GHz, en sus des 5 MHz duplex sur la bande 900 MHz accessibles depuis janvier 2013. Bien entendu, ce réseau 3G pourra être dopé par d’autres fréquences à venir ou encore par celles qu’il récupérera pour la 2G (transposables en 3G), mais à l’instar du GSM, Bouygues et SFR seront particulièrement armés en fréquences UMTS et céder quelques blocs serait le scénario le plus sensé.

Du 800 MHz pour doper son réseau 4G

Reste ensuite à régler la question épineuse du réseau 4G. Bouygues, grâce à son exploitation massive de ses fréquences 1800 MHz, initialement utilisées pour la 2G, dispose d’une forte couverture du pays en LTE. Il est quasi certain que ces fréquences ne seront pas revendues à Free Mobile. Restent donc les fréquences 2,6 GHz et 800 MHz.

 

Concernant la bande 2600 MHz, Free est très bien loti, puisqu’en 2011, il a misé 271 millions d’euros afin d’obtenir 20 MHz duplex. De quoi lui permettre d’offrir des débits élevés à ses clients (jusqu’à 150 Mb/s). Bouygues et SFR, pour leur part, disposent à eux deux de 30 MHz duplex (2 x 15 MHz) et au regard de leur nombre de clients, ils auront besoin d’une grande partie de ces fréquences. En toute logique, si transfert il devait y avoir en faveur de Free Mobile, seule une petite partie de la bande 2,6 GHz sera cédée. Il est cependant tout à fait possible qu’il se contente de son actuelle quantité de fréquences sur cette bande.

 

ANFR 4G 1er mars 2014 tableau

Free Mobile ne dispose pas de fréquences 800 MHz et Bouygues exploite encore peu cette bande

 

Si l’on excepte donc les arrivées d’autres fréquences (celles de 700 MHz par exemple), il ne reste donc en jeu que la fameuse bande en or : 800 MHz. De très haute qualité, elle permet à la fois d’infiltrer aisément les bâtiments, tout en offrant une couverture importante. Elle est cependant onéreuse à la location et son prix d’achat est élevé. Toutefois, tout indique que Bouygues cèdera une partie voire l’intégralité de ses fréquences 800 MHz, ceci pour trois raisons :

  • Free Mobile ne détient pas de fréquences sur cette bande, et les cumuler avec sa bande 2,6 GHz lui permettra bien d’obtenir une autonomie plus importante
  • Bouygues n’exploite quasi pas cette bande
  • SFR dispose des meilleures fréquences sur cette bande et les exploite d’ailleurs massivement

Interrogé sur ce sujet, Maxime Lombardini ne s’est d’ailleurs pas vraiment caché : « il y a une dimension fréquence en or effectivement dans l’accord » a-t-il concédé, sans en dire plus malheureusement sur les quantités en jeu. Questionné par le JDD, Olivier Roussat, le patron de Bouygues Telecom, a pour sa part expliqué que son accord avec Free concerne « 15 000 antennes et un portefeuille de fréquences, dont une partie pour la 4G ». L’imprécision est donc encore de mise, mais cela n’occulte en rien le scénario d’une cession des fréquences en 800 MHz.

« Imaginer qu’on va monter les prix et s’embourgeoiser, c’est juste inimaginable »

De tels transferts, qui prendront de 18 mois à 24 mois, permettraient à Free de devenir un « Super Free » selon les mots de Lombardini. Sa dépendance à Orange appartiendra au passé, et l’opérateur pourra donc plus aisément faire évoluer ses offres, que ce soit sur les appels ou encore au niveau des quantités de données proposées aux abonnés. Nous pourrions par exemple imaginer un forfait à 2 euros avec 10h d’appels ou pourquoi pas de l’illimité, ainsi qu’un autre à 19,99 euros avec 50 Go de données en 3G et 4G, voir plus encore. Actuellement, du fait de sa dépendance à Orange en 2G et 3G, il lui est impossible d’être aussi agressif.
Toujours sur BFM, Lombardini a même expliqué que si l’accord avec Bouygues était concrétisé, cela fera de Free «un acteur qui a tous les atouts pour être autonome, agressif commercialement, durablement. C’est-à-dire qu’on peut s’installer, on a un réseau qui permet d’accueillir probablement 15, 20, 25 millions d’abonnés… C’est quelque chose de considérable. » Des paroles qui laissent entendre que Free compte bien exploiter ses futures fréquences et son réseau national pour conquérir massivement des clients.

 

Une logique d’ailleurs confirmée un peu plus tard lors de cette même entrevue : « Il y a un élément qui est tout bête : quand vous avez un réseau complet, le fait d’ajouter un abonné ne vous coûte pas grand-chose. Et quand vous êtes face à deux concurrents qui ont chacun 40 % du marché à peu près et que vous n’en avez que 12 ou 13, votre seul intérêt est d’en conquérir de nouveaux pour remplir votre réseau. Donc imaginer qu’on va s’arrêter là, monter les prix et s’embourgeoiser, c’est juste inimaginable. »

 

Reste que tout ceci n’est lié qu’à un scénario où Bouygues croque SFR. Tout indique toutefois qu’il est crédible, ceci pour de multiples raisons. Financièrement, cette fusion semble plus intéressante pour Vivendi que l’offre de Numericable, ce qui est déjà un point fondamental. Le ministre Arnaud Montebourg n’a pas caché sa préférence pour un rapprochement entre SFR et Bouygues plutôt qu’avec Numericable. Enfin, Free lui-même préfère évidemment ce scénario, dès lors qu’aucune concession ne sera demandée à SFR en cas de fusion avec le câblo-opérateur, ce qui fragilisera Free, d’autant plus que SFR et Bouygues ont déjà un accord de partage de réseaux. Seule la problématique de l’Autorité de la concurrence perdurera, mais l’accord majeur entre Bouygues et Free pourrait suffire à la convaincre.

source : PC Impact

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